Et l'étoile qu'ils avaient vue en Orient allait devant eux, jusqu'à ce qu'elle vînt s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant.
(Matthieu, II, 9)
Noël nous a déjà quittés. Une nouvelle année a commencé, sans dout avec ses joies et ses peines ; maintenant, c'est la fête des Rois. Je me suis toujours demandé quelle était l'histoire de l'étoile qui devait guider les Rois Mages, sans trouver la réponse. J'ai consulté de nombreuses documentations plus vraies que fausses, jusqu'au jour où je suis tombé sur le texte d'Arthur C. CLARKE (16 décembre 1917, Minehead, Royaume-Uni - 19 mars 2008, Colombo, Sri Lanka), qui m'a donné quelques explications. Je vous les livre comme je les ai lues.
Christian Jean Collard,-
L'ÉTOILE DE BETHLÉEM BRILLE-T-ELLE TOUJOUJOURS ?
Quelle étoile était donc cette étoile de la Nativité qui flamboyait, resplendissante dans le ciel d'hiver et guida les Mages vers Bethléem ?
La Bible ne nous donne, hélas ! que fort peu d'indications. Selon quelques savants d'autrefois, cette étoile n'était autre que Vénus. Tous les dix-neuf mois, notre planète sœur apparait dans le ciel, précédant de peu le soleil ; elle scintille d'un éclat dix fois plus vif que Sirius, la plus brillante des étoiles. En fait, Vénus est encore visible en plein midi, à condition de regarder au bon endroit.
Mais, pour tous les peuples de l'Orient, Vénus a toujours été un des éléments familiers de ta voute céleste ; aujourd'hui encore. son apparition constitue pour les Arabes nomades une sone de réveille matin ; elle les incite à se mettre en route avant que le soleil, de ses feux terribles, grille le désert.
Aux yeux des Mages, qui connaissaient parfaitement le mouvement des planètes, Vénus ne pouvait donc offrir rien de bien remarquable
Quatre autres planètes sont facilement visibles à l'œil nu, et il arrive parfois que deux d'entre-elles semblent passer très près l'une de l'autre ; on dit de telles planètes qu'elles sont « en conjonction ».
Le 4 octobre I953, par exemple, Mars et Vénus paraissaient fondues en une seule étoile.
Un tel spectacle est assez rare pour frapper les esprits, et Kepler, le grand astronome du XVIe siècle, a consacré beaucoup de temps à démontrer que l'étoile de Bethléem était une conjonction de Jupiter et de Saturne. Plus tard, des astronomes ont prouvé que cette conjonction avait été incomplète. D'ailleurs, selon l'Évangile, l'étoile fut visible pendant plusieurs semaines ; or, la conjonction de deux planètes dure quelques heures seulement.
Une comète?
Existe-t-il un autre phénomène astronomique qui concorde avec le récit biblique et soit assez frappant pour étonner les Mages ?
Une comète peut être des millions de fois plus grande que la terre tout entière et dominer le ciel nocturne pendant des semaines comme un projecteur étincelant au milieu des étoiles. Les plus grandes comètes apparaissent sans avertissement, se livrent à une course folle à travers les planètes, tournent rapidement autour du soleil, puis mettent le cap sur les étoiles pour disparaitre durant des centaines, voire des milliers d'années.
L'une des comètes connues des astronomes était-elle visible lors de la naissance du Sauveur ? Mais le nombre des comètes dont nous connaissons les trajectoires et les périodes est tout petit relativement au nombre colossal de celles qui peuvent exister. Imaginez une comète dans cette aube orientale : une bande de lumière, telle une flèche immense, pointée vers l'est. Tandis que se lève le soleil, la comète s'évanouit, mais voici qu'elle réapparait le lendemain matin, presqu'à la même place, guidant toujours les Mages. Peut-être sera-t-elle visible pendant de longues semaines avant de disparaitre, une fois de plus, dans les profondeurs de l'espace. L'étoile de Bethléem n'était-elle pas une comète ?
Mais une autre théorie, cependant, est admise par la plupart des astronomes d'aujourd'hui. Auprès d'elle, les autres explications semblent vraiment banales, car elle fait état d'un des phénomènes les plus étonnants, les plus terrifiants, que puisse connaitre l'univers.
Une étoile qui explosa ?
Certaines étoiles, appelées novae ou étoiles nouvelles, se transforment tout à coup en bombes atomiques célestes. Elles peuvent exploser avec une violence telle que leur luminosité devient en quelques heures cent mille fois plus intense. Invisibles à l'œil nu, une certaine nuit, elles peuvent, la nuit suivante, être reines du ciel.
Les nova font partie des catastrophes courantes de notre univers. On en observe beaucoup chaque année, bien qu'en raison de leur éloignement elles ne soient visibles qu'au télescope. Mais deux ou trois fois au cours d'un millénaire il arrive qu'une étoile se transforme en supernova ; en l'espace de quelques heures sa luminosité peut alors devenir un million de fois plus intense.
C'est en l604 qu'on a observé pour la dernière fois un tel phénomène ; la supernova de l'an 1572 étincelait à tel point qu'on la voyait en plein jour ; les astronomes chinois en ont signalé une en 1054. Il est tout à fait possible que l'étoile de Bethléem ait été une supernova.
Si cela est vrai, on peut en tirer des conclusions étonnantes. Admettons que la supernova de Bethléem, puisqu'elle était visible en plein jour fût aussi brillante que Vénus. Une supernova de cette luminosité est située à une distance de 1000 années-lumière environ ; sa lumière avait donc voyagé pendant 3000 ans.
Ainsi, cette immense étoile nouvelle a dû briller sur des milliers d'autres mondes, avant que sa lumière atteigne la terre, et, à tous ces mondes, elle est apparue beaucoup plus éclatante aux hommes qu'elle guida vers la Judée.
Si l'étoile de Bethléem était bien une de ces supernova sa lumière brille encore à travers l'espace. Elle a laissé la terre loin derrière elle au cours des vingt siècles qui se sont écoulés depuis que les hommes l'ont vue pour la première et la dernière fois.
Aux êtres, quels qu'ils soient, qui la contemplent peut-être en ce moment, étoile nouvelle surgie tout à coup dans leurs cieux, elle apparait infiniment plus brillante que toute autre étoile de la voute céleste, car elle n'a dû perdre que 50 % de son rayonnement depuis le temps des Rois mages, au cours de ces deux mille années qu'elle a passé à voyager sans trêve.
À cet instant même, l'étoile de Bethléem brille donc peut-être en des cieux situés à des distances prodigieuses. Et il en sera ainsi pendant des milliers d'années encore, jusqu'à ce qu'enfin son rayonnement s'évanouisse aux frontières de l'univers.
Arthur C. CLARKE




