Il était 2 heures. Je me souviens de l'heure, parce que je viens d'éteindre la lucarne. C'était plaisant. Un Lino Ventura toujours en pleine action, aux côtés d'un Richard Burton encore en pleine santé. L'histoire d'un homme qui a détruit, qui détruit et qui va encore détruire. Un peu de science-fiction, comme on dit dans les milieux bien informés.
Je trouve rarement le sommeil ces temps-ci et, si je vais me coucher maintenant, je sais que je ne dormirai point. 2 h 10. J'observe mon intérieur, comme tous les soirs. Je suis dans le salon, le portable sur les genoux et je note au hasard les objets que je vois tous les jours ; je peux dire avec certitude où tel objet se trouve et à combien de centimètres du mur et dans quelle position. Les couleurs ne m'échappent pas.
Je suis assis dans mon relax, face à la table du salon où deux biscuits se font face dans des poses gracieuses. Les commandes à distance y reposent aussi. Dans les portes journaux, sur les côtés, les programmes des différentes chaines de TV sont glissés religieusement comme s'il s'agissait de livres de poésies.
À droite, une peinture non signée représente un homme d'un âge certain, assis sur une chaise, fumant la pipe, devant un jeune garçon qui l'écoute attentivement. En dessous de cette copie, un râtelier représente les sept péchés capitaux. Il me servait quand je fumais toujours la pipe. Je ne la fume plus. À sa gauche, dans un renfoncement, une photographie représente mes grands parents paternels lisant une lettre de leur fils alors qu'il était prisonnier en Allemagne.
À l'époque, les photographes étaient de véritables artistes. On voit mon père dans un nuage, alors que sa famille pense à lui.
Sur le mur qui jouxte celui décrit plus haut, la photo de ma mère quelques années avant son décès. En bas, trois biscuits : un chien, un musicien, un lecteur et sur la planche du bas : mes loups ! Une belle pièce achetée au littoral. Je compte dresser un bar dans ce coin, si on me laisse faire.
En cette nuit, il fait calme. J’ai le temps de réfléchir à ma vie. Mon épouse dort. Moi, je contemple le musée où je vis, tout en me demandant pourquoi j’ai obéi à telle ou telle injonction. C’est souvent pénible. Mon regard plane.
À droite de la planche du bas et en dessous du râtelier, un fauteuil deux places assorti au relax, puis une armoire en chêne dans laquelle mon épouse range ses objets de couture. À gauche du relax où je sommeille doucement en écrivant, un bahut en chêne, identique aux autres meubles. Ou presque. Trois biscuits sur ce qui a failli être un vaisselier avant qu’on ne change d’idée ; une lampe diffusant une douce lumière et, au-dessus du bahut, une peinture authentique de ma cousine germaine, fille de mon parrain.
Six poutres au plafond, un petit lustre contre lequel on se cogne quand on est trop grand, des colombages aux murs, une grosse poutre qui sépare le salon de la salle à manger. La salle à manger est composée, au plafond, d'un lustre et de trois spots. Six poutres rejoignent à leur tour la poutre centrale. De la place où j'écris, je vois la table ovale, entourée de quatre chaises, deux autres sur les côtés d'un mur.
Le regard toujours en avant, j’observe le récepteur de télévision enfermé dans une grande armoire qui se dresse aux deux tiers de la pièce en hauteur, avant d'atteindre une marine signée du peintre Anglais : Morris.
À gauche de ce meuble en chêne, une vitrine comprenant un nombre inimaginable de biscuits. Sur ce meuble, un joueur de flute observe l'assistance médusée. Une horloge à balancier a pris place, depuis nombre d'années à droite du meuble TV et, en dessous, un coffre semblable à celui des pirates d'autrefois, et où sont entassés des sacs dont on se sert à peine, a une figure mélancolique.
Pour conclure, je termine ce tour d'horizon des mille et une recettes qui vous valent à coup sur une morne nuit, j’observe une toile qui fait face à la porte qui donne sur le vestibule, éclairée par un spot, et, sur un haut meuble en chêne, la photo de ma belle-mère me sourit comme si elle me parlait. Mais, le temps coule, trop rapidement, en cette nuit, et je vais me coucher sans entrain, demain est un autre jour !
Bonne nuit !
Christian Jean Collard,-




