Il est 2 h 10. Dehors, le temps est au repos À l'intérieur aussi. Il n'y a pas d'étoiles, je les verrais. J'allume ma pipe, je saisi le verre à dégustation qui se trouve sur une table basse en osier, j'y verse une rasade de cognac et, doucement, je médite sur la beauté de la nature. Cette nature est belle, et pourtant, on finit par ne plus remarquer qu'elle existe, à cause de la course folle de nos vies.
Tout le monde veut être le premier. Chacun cherche à « faire le beau ». Un peu comme en politique, aujourd'hui, où le peuple cherche à comprendre le clivage des opinions. Nous voulons, en quelque sorte et sans nous en rendre compte, nous comparer à la nature. Peut-être sommes-nous persuadés que c'est possible, qu'il nous faut essayer, que nous ne courons pas à l'échec !
La nature est belle, la nature est femme ; je le dis sans penser aux élections. Je sirote mon cognac et je songe que quelque part au loin des hommes se battent et détruisent d'autres hommes vivant dans la nature ! J'ai appris, avec les années, à réfléchir avant de penser ; ne souriez point ! Songer aux événements qui nous entourent est important, certes, encore faut-il les bien choisir. Penser aux guerres qui peuplent le monde est bien, à condition de ne pas prendre parti.
Ces propos n'engagent que moi. Nous devons savoir que toutes nos misères véritables sont intérieures et causées par nous-mêmes, comme l'écrivait Anatole France.
Regardez un malade ! Il est plus fort devant l'existence que nous le sommes avec nos petits bobos. Nous nous plaignons pour des peccadilles. Nous avons peur de tout, tandis que l'homme fort n'a qu'à regarder la nature pour être guéri de tous les maux de la terre. Je ne parle pas de moi, ce serait de mauvais goût ; je songe à ceux qui dans les difficultés font appel à cette nature que je respire et que j'aime.
S'il vous plaît, tout à l'heure, lorsque vous vous lèverez, pensez un peu à moi en ouvrant votre fenêtre et emplissez-vous les poumons de ce qui vous est donné et n'allez pas trop vite pour vous rendre à votre travail. Je ne vous conseille pas d'y être en retard, certes non, mais de vous y rendre en observant les arbres, dans les allées et dans les jardins, dont les bourgeons éclatent lentement !
Si vous lisez ce texte, je serai persuadé de vous avoir aidé à vivre une journée comme vous n'en avez plus vécue depuis belle lurette. Par contre, si vous commencez toutes vos journées et toutes vos soirées à contempler « Dame Nature », vous serez un nouvel ami pour moi !
Christian Jean Collard,-




