Lettre aux Normands
Mes chers cousins,
C’est à se demander si un grand nombre d’entre vous ne sont pas des gars de Falaise. On me reproche de n’avoir pas donné assez d’explications. Non seulement, il faut leur mettre les points sur les « I », mais, aussi, les barres aux « T ».
Je précise donc : Pour participer au repas normand de dimanche prochain, sous la Grande Tente du Champ des Roches, à Rocheville, si vous ne l’avez pas encore fait, il vous faut envoyer votre inscription et son montant, soit 12 NF (1.200 fr.) par personne et 6 NF (600 fr.) par enfant de six à douze ans, dès aujourd’hui à :
Albert Postel, président de la Société Folklorique et Archéologique de la Forêt de Bricquebec, La Chevallerie, Rocheville.
Car cette année, le nombre des inscriptions sera limité à trois cents et quelque soit le nombre, suivant la formule des Qu’nâles, « serions-nous que trais », il sera arrêté demain jeudi à midi quand les douze coups sonneront au clocher de l’église de Rocheville.
Si vous venez à l’Assemblée des Qu’nâles en voiture automobile, à cheval ou en âne et que vous soyez inscrit, vous parquerez dans le Champ de l’Assemblée contre 1 NF par véhicule. Et vous n’aurez aucun droit d’entrée à payer par personne.
Si vous venez de la direction de Cherbourg par le train, vous aurez deux trains, l’un qui vous mettra à Sottewast, à 11 h. 35 et l’autre à 12 h. 38.
Maintenant, si, à cause de votre foie, de vos reins ou de votre tension, vous ne pouvez manger de la poule à la crème ou de gigot rôti en plein air, ou participer au « Trou Normand », mais que vous désiriez voir les danses folkloriques et entendre les chants des « Blaudes et Couëffes » de Caen, des Qu’nâles d’la Forâe, des délégations de Valognes et d’ailleurs, le car de la Maison Schmidt qui partira de la rue Delaville (place Divette), à 14 h. 30 ; qui vous mettra près du Champ de l’Assemblée et vous ramènera vers 19 h. Je vous conseille aussi de vous faire inscrire d’avance, car il se pourrait qu’un important groupe d’estivants étrangers se décide à faire un tour à Rocheville. Dans ce cas, il vous faudrait prendre le train de 14 h. 05 à Cherbourg.
Pour assister à la Fête de Nuit qui commence vers 20 heures, c’est une autre affaire. Après, si vous avez « bi danchi, bi chanté, bi mougi, bi bu », vous n’aurez qu’à faire comme moi l’an passé et dormir dans un creux de fossé. Lundi matin, les petits oiseaux vous réveilleront et vous pourrez jouir du spectacle matinal du lever de soleil.
Normands ! L’Assemblée des Qu’nâles est l’Assemblée des Normands, « des vrai de vrai ». Ils y viennent de toute la France. Ils aiment à s’y rencontrer chaque année. C’est au pied de la Grosse Roche qu’est née la future « Normandie Normande » de l’Europe de demain.
Un jour vous serez fiers de dire à vos petits-enfants : « J’y allais tous les ans ! Je ne manquais pas une Assemblée ! »
Alors, à dimanche prochain, « bi l’boujou ! »
« J’embrâche mes cousaines trais coups ! »
L’HOMME DES BOIS.
P. S. : Si vous n’êtes pas inscrit avant jeudi midi, il vous faudra pourvoir à votre ravitallement près des rôtisseurs, et… et manger sous la petite tente ou au grand air.
L'Assemblée des Q'nâilles
L’événement normand de l'année
Dimanche matin, une pluie fine, caractéristique du régime pluvial de notre presqu'île, et des richesses de notre Cotentin, tombait et obscurcissait l'horizon.
Si « la pluie du matin n'arrête pris le pèlerin », elle gâte les fêtes au grand air. L'Assemblée des Q'nâilles risquait d’être compromise, mais, comme les fois précédentes, malgré le mauvais temps, les Normands se sont retrouvés au complet sous la grande tente.
La rangée centrale des tables était occupée par des Normands en costumes.
Le repas était présidé par M. Pierre Godefroy, député de la Manche et président d'honneur des Q'nâilles, entouré de MM. Henri Morin et Victoire, maire-adjoint de Rocheville; Edmond Jourdan, maire de Breuville; Lepelletier, président des Normands de Paris; Albert Postel et Robert Hebert, vice-président et président des Q'nâilles de la Forsé; Fichet, conseiller municipal de Cherbourg et président de l'Académie de la Manche; Matelot, vice-président de cette Académie et membre des Écrivains Normands; Digeon, directeur du Crédit Mutuel Agricole de Cherbourg ; Leclerc, cinéaste parisien; Thezelou, artiste de Coutainville; Marcel Goderel de Barneville, neveu d'Auguste Quenault, etc...
Des dames accompagnaient ces personnalités. Parmi elles, nous avons reconnu Mme Beuve, belle-fille de Louis Beuve; Mme Hubert, veuve de l’ancien président d’honneur de la Société Alfred-Rossel ; Mme Ménager, présidente des Blaudes et Coëffes de Caen, etc…
Le repas se déroula au milieu d’une ambiance joyeuse, de rires et de chants. La pluie tomba pendant toute la matinée et le dîner. Cependant, malgré le mauvais temps, la foule continua d’affluer. En particulier, on y remarquait un groupe d’une soixantaine de jeunes Allemands, amenés en car, des Belges, etc… Ces derniers réclamèrent « Ma Normandie » Elle fut chantée par toute l’Assemblée debout.
Nous reviendrons d’ailleurs sur cette fête, « événement normand de l’année »
Au cours de l’après-midi, le ciel se levait et la fête put se dérouler normalement au grand air. Au moment où nous avons reçu ces nouvelles, la fête se poursuivait selon le programme prévu.
L’ÉVÉNEMENT NORMAND DE L’ANNÉE
L’Assemblée des Qu’nales
Mes chers cousins,
Comme vous avez pu le lire dans « La Presse de la Manche », dimanche matin, une pluie fine tombait. Sans doute, il aurait mieux valu avoir un beau soleil. Mais cette pluie fine n’est-elle pas la richesse de notre presqu’île ? Sans elle, nos herbages seraient-ils aussi verdoyants ? Nos légumes aussi beaux ? Et à une époque où, depuis plusieurs millénaires, le niveau de la mer monte sans arrêt et menace de submerger les meilleures terres fertiles du globe, pendant que le reste se dessèche à une époque, dis-je, où l’eau pure se fait de plus en plus rare et coûte de plus en plus cher, on doit bénir Dieu de nous la distribuer en fines gouttelettes, même, si cela contrarie une fête !
Il bruinait, donc, dimanche matin, quand les Qu’nâles d’la Forâe, en costume de notre région, drapeau en tête, firent leur entrée dans la nef et s’installèrent dans le cœur de l’Eglise de Rocheville. Ils étaient venus assister à la messe dite par M. l’abbé Lavallée, en mémoire de leurs morts. Après l’absoute, ils se regroupèrent au pied de la croix du cimetière. Là, M. Henri Morin, maire de Rocheville, déposa une gerbe de fleurs et M. Pierre Godefroid, député de Valognes, rappela aux présents les noms des défunts, puis fit observer une minute de silence.
Le temps s’étant à peu près levé, les Qu’nâles purent accueillir, au café Rouil, leurs amis de « Blaudes t Couëffes » de Caen; ainsi que de nombreux normands, arrivés dans leurs plus beaux atours, les uns individuellement, les autres comme représentants de groupes, comme le Groupe Folklorique de Valognes, etc.
Quand midi sonna, tout le monde se retrouva réuni autour des tables sous la « Grande Tente » de l’Assemblée Normande. Cette année, elle était montée dans un très grand champ prêté par Bernard Levavzeur (vous le connaissez bien, il demeure au « Ryaume »). Ce champ domine la vallée de l’Arpent et il est lui-même dominé par la « Grosse Pierre » encore hantée par les fées et les lutains.
Le site est magnifique.
Pour la première fois depuis la fondation de l’assemblée, le drapeau rouge des Qu’nâles, à la croix d’or bordée de bleu, flottait à l’entrée du camp.
Il flottait aussi à trois coins du podium. Au quatrième, le drapeau norvégien avait été hissé en l’honneur de ce pays ami. Toutes ces couleurs vives rehaussaient de touches chaudes le vert un peu sombre du paysage.
Mais, me direz-vous : « Ch’nest pê tout d’contempler l’paysage.Av’ous bi mangi ? »
« Vére ! nous’avons raide bi mougi ! Parlez mé d’bouillon d’poule ! Fait d’aveu elune poule d’un an bi grasse ! mais, n’me prêchez pé dvos bouillons instantanés
« Parlez-mé aussi d’la poulé au bllanc ! ch’est-à-dire d’aveu d’la croume ! mais pé d’aveu d’la faraine déllée dans d’l’au à laquelle on a montré un mlot d’lait !
« Et j’gigôt râoti en pyen air !
Mes chers cousins, j’vas vous dire que quand l’boun Dieu crachine un miot d’au, ch’est enco meyeu !
El la galette au burre !
Mai si j’étais du Comité, je défendrais le « Trou Normand aux « fumelles ». Après, il n’y a plus moyen « d’les t’ni » ! Cela leur délie la langue ! C’est bien simple, on ne s’entend plus parler !
Pierre Godefroy, député de Valognes, président d’honneur des Qu’nâles et l’un des fondateurs de l’Assemblée Normande ouvrit le banquet. Il salua, à la fois, la « Vieille Normandie » et la « Jeune Normandie ». Car, les jeunes étaient nombreux parmi nous. Et, il affirma une fois de plus, sa foi dans l’avenir de notre Normandie.
Vous savez déjà qu’à la demande de visiteurs belges, toute l’assistance, debout, entonna une impressionnante « Ma Normandie »
Malgré le temps peu engageant, les visiteurs furent nombreux. Outre les Belges, il avait aussi des Anglais.
La fête continua très tard dans la nuit après une séance de cinéma. Au cours de celles-ci furent projetées des séquences sur une visite aux Roches par deux jeunes touristes de 1961; des films sur la Norvège, aimablement prêtés par Son Excellence l’ambassadeur de Norvège.
L’Assemblé des Qn’nâles 1962 fut une bien belle fête. Et cependant, celle de 1963 sera encore mieux..
Un de ces jours, j’vous réécrirai.
Bi l’boujou.
J’embrache mes cousines trais coups
L’Houme des bouais.
PS - Notre cousine Marotaine et notre cousin Courbaron ont trouvé une coëtte et une veste. Les propriétaires peuvent les réclamer à « La Presse de la Manche »
Mes parents
L'Assemblé Normande







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