Il y a un certain temps que je n’ai plus rédigé, pour la bonne raison que je suis tenté d’écrire une nouvelle « Nouvelle ». Elle me prend beaucoup de temps. Que voulez-vous, je suis un auteur lent ! Entre deux ou trois documentations, en ce qui concerne cet écrit, je décidai de me plonger à nouveau dans mon « Carnet de notes ». Depuis toujours, je prends des notes par-ci par-là, ce qui m’aide à me souvenir n’ayant aucune mémoire. Je n’exagère pas. Bref ! Ce matin, en feuilletant ce carnet, je trouvai un récit qui remonte à des années et que je n’avais pas encore présenté. Je vous le donne pour ce qu’il est, c’est-à-dire, pas grand chose !
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Pourquoi, en ce jour-là, m’étais-je précipité vers la tombe de mon grand-père paternel ? Je ne puis vous le dire, sans me tromper de raison. Le soleil dardait de ses rayons le monument funéraire où plusieurs défunts reposaient en paix, selon l’expression consacrée par la « Vox populi ». J’avais cherché cette tombe, parcourant tout le cimetière, à telle enseigne que mes pieds en souffrirent énormément.
Ouf ! Me voici devant le caveau, situé à l’ombre d’un grand mur, tout en bas du cimetière en pente. La pierre de taille en était sale, non entretenue et non fleurie. J’étais persuadé, Dieu sait pour quoi, que cette sépulture me révèlerait quelques indices sur l’identité de l’homme qu’avait été mon grand-père, d’une part, et, d’autre part, sur celle des autres membres de ma famille.
Au cours d’une conversation, j’avais appris que ce grand-père, Alain Terrieur, était mécanicien diplômé à la SNCB. J’ignorais, à l’époque, qu’il eût été nécessaire d’être diplômé pour être mécanicien d’une locomotive à vapeur. Mon père grand avait épousé, pour le meilleur et pour le pire, une certaine Andrée des Hartisses qui lui avait donné un fils qui répondait au prénom d’Alex.
Si les épousailles de mes grands-parents furent les plus belles de la commune, ce ne fut pas le cas de leur progéniture. Alex Terrieur s’était marié à une pauvre fille du nom de Sarah Viggot. En possession de ces quelques renseignements, une visite à ce cimetière s’imposait, ainsi qu’une consultation dans les actes d’état civil du Royaume ; je me devais de recueillir les dates de naissances de tout à chacun.
Debout, mal à l’aise sur mes fémurs, dans une exaltation que des milliers de généalogistes partagent, je retrouvais peu à peu la trace de ma famille. Je vous préviens tout de suite : ce ne fut pas du beurre !
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Avant d’être dans ce lieu où on enterre les morts, je parcouru les archives de la commune. De nombreux documents furent difficiles d’accès et certains renseignements peu fiables ou incomplets. Il m’arriva de rencontrer des noms modifiés pour protéger la honte de parents qui furent collaborateurs lors de la Seconde guerre mondiale, ou pour des raisons qu’il était bien difficile de justifier.
On modifiait sans scrupules des âges, des patronymes, des lieux de naissance, voire de races. Je dus considérer les fréquentes variations de l’orthographe au fil des siècles. Pour prendre un exemple, le patronyme Terreur s’écrivait, par certains endroits ou par périodes, Tairieur, Terrieur, Teirieur, Terieure, etc. Souvent, l’orthographe des noms se modifiait selon les fantaisies du moment, par transcription phonétique ou encore à cause des déformations régionales.
Dans mes recherches, je me rendis compte que l’orthographe de ma famille était la même pour chacun. D’autres Terrieur, sans doute, avaient été modifiés, selon le degré d’instruction du rédacteur, puisque chacun sait qu’un tailleur de pierre ne rédige pas comme un notaire –– je ne généralise pas ! Certains patronymes étaient enregistrés à l’état civils, d’après le brassage du néerlandais et du français.
L’Histoire m’apprit aussi que les noms de famille n’apparurent qu’au milieu du Moyen Âge. Ce ne fut qu’aux Xe et XIe siècles que des prénoms chrétiens furent attribués de plus en plus aux nouveau-nés. La conséquence de ce phénomène fut que beaucoup se retrouvèrent affublés du même prénom ; 25% des garçons, par exemple, s’appelaient Alain. Il devenait nécessaire de les distinguer en utilisant un surnom car, à cette époque lointaine, on ne parlait pas encore des noms de familles. Ces derniers ne firent leur apparition qu’avec l’état civil français.
Mais, avant ce temps, la distinction entre les prénoms se faisait généralement en fonction du lieu d’habitation ou de la profession, voire des caractères physiques et moraux. Dans ces derniers cas, ils n’étaient pas toujours décernés dans un esprit charitable. Par exemple monsieur Boileau descendait certainement d’une personne qui aimait un peu trop boire et Bienfait avait peut-être des malformations physiques. À l’analyse, pour quelles raisons le patronyme de mon grand-père, avec ce Terrieur, ne viendrait-il pas tout simplement parce que les Terrieur passèrent leurs vies à l’intérieur ou à l’extérieur ?
Il en est qui prétendront que le patronyme de mon grand-père fut une perle pour égayer le monde. Il en était d’autres, comme M. Gigot, comptable, l’époux de Mlle Dagneau, bouchère, ou de la famille Courtecuisse.
Il était à noter que les états des biens, les actes de mariage, de naissance et de décès pouvaient être équivoques autant que plaisants ou intrigants.
Aux archives de la commune, j’appris qu’une veuve, qui n’avait pas déclaré les états des biens de son feu mari, avait reçu la visite des huissiers ce dont elle mourut !
On m’informa également que, dans un cimetière voisin, un homme âgé de soixante-dix-neuf ans s’était marié avec l’autorisation de son père, lequel reposait en paix depuis de nombreuses années.
Lors de mes recherches, je vis que de semblables aberrations émaillaient les constats de décès. Pourquoi me suis-je laissé conter que, dans le registre concernant le cimetière où je me trouvais, une personne politique était « morte de trop d’amour », alors que le registre ne précisait même pas si la mort avait été le chagrin ou une maladie peu avouable ?
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Le père du fossoyeur actuel avait raconté à son fils que chaque famille comptait un ou deux ancêtres pittoresques ; ici, m’avait ajouté ce fils, le métier de fossoyeur se tient de père en fils. Il m’avait dit qu’il avait choisi d’être fossoyeur, parce que son père l’avait été, parce que son grand-père et son arrière-grand-père le furent et qu'il serait probable que son fils le soit aussi. Une affaire de famille, pensais-je.
Ce fils de fossoyeur me dévoila que le dénommé Alex Terrieur n’avait pas été inhumé dans le présent cimetière. Je fus instruit, par ce même fossoyeur, quant au caractère emporté et rusé de Sarah Viggot. Ma lanterne fut éclairée au fur et à mesure que cet homme, qui remerciait chaque fois quand quelqu’un laissait tomber un cent dans sa casquette, m’entretenait des divers locataires de l’endroit.
–– Alex Terrieur avait peu de tempérament, sinon pas du tout, aux côtés de cette femme, me dit-il. En regard à la forte personnalité de son père Alain, la soumission de son fils Alex, face à sa femme faisait peine à voir !
Évidemment, en généalogie, tout peut arriver, et, bien entendu, tout arrive ; c’est une masse d’individus qui sont groupés dans une ville et ses banlieues, soit un agglomérat particulier de cas.
Encore que la généalogie soit un excellent moyen de découvrir ses origines, elle nous divulgue de quelle façon vivaient nos aïeux ; la preuve en est que nous savons rarement la vie de nos ainés et que cela m’a prouvé, contrairement à ce que l’on pourrait croire, que l’existence n’était guère aisée, jadis, puisque nos grands-parents travaillaient dans des circonstances que plus personne n’accepterait aujourd’hui.
La généalogie est abordée par beaucoup de personnes. Elles approfondissent ainsi la recherche généalogique d’une manière professionnelle. Elles deviennent de cette façon des généalogistes successoraux traquant des héritiers à la demande de notaires ou de curateurs. De telles personnes, que je ne connais pas, exercent ce métier exigeant en Wallonie ; ainsi, les notaires n’ont-ils aucune obligation légale de recourir aux services des personnes mentionnées ci-dessus, mais il le faut lorsqu’ils craignent d’engager leur personnalité civile et professionnelle.
Mais, les universités Belges ne dispensent point d’un enseignement spécifique qui préparerait à la recherche généalogique, toutes les formations juridiques et historiques constituant un préalable indispensable ; le reste s’apprend sur le tas, ce qui suppose une forte dose de bon sens.
La généalogie relève également de toutes sortes de liens entre les célébrités et acteurs politiques ; des écrivains, des peintres, des sculpteurs ou de chanteurs.
Pendant des années, la généalogie fut surtout le terrain des gens au « sang bleu », cherchant à prouver leur appartenance à la noblesse et à confirmer ainsi leur rang social. L’une des premières découvertes en quête généalogique fut entreprise sur l’ordre du Roi-Soleil, désireux de séparer la réelle noblesse de la fausse. Quand les découvertes furent publiées, dans un recueil intitulé Recherche de la noblesse à l’ordre de Louis XIV, beaucoup de familles qui avaient illégitimement été tentées de s’évader de la bourgeoisie s’y virent promptement rabaissées.
Il est vrai que, pour certaines gens, outre un prestige illusoire, le titre de noblesse donne accès à diverses carrières dans le clergé et l’armée –– sans parler des franchises d’impôts, lesquelles étaient excluent !
La noblesse en Belgique
Aujourd’hui, un nombre incalculable de particule ou de titre nobiliaires se veulent des noblesses d’opérette.
Les uns se sentent insignifiant pour n'être pas noble, même si cette noblesse est surfaite ; en revanche, d’autres sont fiers de compter parmi leurs aïeux des domestiques, des ouvriers agricoles ou une blanchisseuse.
La généalogie est une science ayant trait au passé ; elle découvre les anciennes technologies et montrera à nos enfants l’invention des technologies actuelles et les nombreuses recherches qui s’y sont rapportées : Internet, la monnaie unique : l’Euro, etc.
Internet peut, grâce à des logiciels bien conçus, retrouver les ascendants d’une famille qui sont partis à l’étranger, pour y vivre plus aisément ; lorsqu’on entame des recherches généalogiques, on ne sait pas toujours où celles-ci vont nous mener, étant donné que la Belgique, si elle est reconnue pour un petit pays, compte beaucoup d’habitants qui bougent plus qu’on ne le pense.
La suite des aventures de Sarah Viggot et d'Alain Terrieur et son fils appartiendra à ceux qui auront le courage de l’écrire !
Christian Jean Collard,-
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